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Couple mixte : quelle langue ?


Comme certains ont pu le voir au travers du blog, la principale raison de mon expatriation au Mexique est mon mariage avec un mexicain. Andy et moi nous sommes rencontrés lors de mon semestre d’échange à Monterrey il y a de ça 2 ans et demi et nous avons très vite su que nous souhaitions passer le reste de notre vie ensemble. Dans une semaine (le 1er avril pour être exacte), nous célébrerons notre premier anniversaire de mariage, celui civil que nous avons fait au Mexique, même si ma vraie date à moi est celle de notre mariage religieux qui a eu lieu à Paris le 1er Juillet dernier. J’ai donc pensé que c’était l’occasion d’aborder les différences culturelles entre un mariage « à la mexicaine » et un mariage « à la française », et plus largement de traiter des problématiques liées aux couples mixtes. Je pense à la religion, à l’alimentation, aux heures des repas, aux coutumes et traditions, à la langue et encore beaucoup d’autres aspects qui soulignent à quel point les deux personnes d’un couple mixte sont tellement différentes et peuvent parfois avoir du mal à se comprendre et à appréhender l’autre. Les divergences existent dans tout couple, mais je pense qu’un couple mixte, inévitablement, est amené à faire face à beaucoup de heurts et de malentendus.

L’une des plus grandes différences d’un couple mixte (même si ce n’est pas toujours le cas) est la langue. Dans mon cas, ma langue maternelle est le français tandis que la langue maternelle de mon compagnon est l’espagnol. Quand nous nous sommes rencontrés, je ne parlais pas espagnol (mes derniers cours remontaient à une bonne dizaine d’années) et Andy ne parlait pas français. Notre langue commune était donc l’anglais. Comme je l’ai mentionné sur le blog, mon niveau d’anglais était plus que basique, ce qui compliquait encore les choses. Je pouvais suivre mes cours mais tenir une discussion était relativement laborieux. Par chance, Andy avait un excellent niveau d’anglais ayant fait toute sa scolarité dans une école privée où les matières étaient enseignées en anglais. Je dois reconnaître qu’il a fait montre d’une patience infinie avec moi. Je ne compte pas les fois où je lui ai demandé de répéter ou de reformuler car je n’avais pas compris. Converser quotidiennement avec lui en anglais m’a énormément fait progresser et facilité ma compréhension des cours que j’avais. Après 7 mois, au moment de rentrer en France pour achever mon dernier semestre (où là encore les cours étaient en anglais), j’étais parfaitement bilingue.

Mais qu’en est-il de l’espagnol ? A mon retour au Mexique, il était sérieusement temps de me mettre à l’espagnol étant donné que je comptais vivre dans le pays. Mais curieusement, mon apprentissage de l’espagnol ne s’est jamais fait avec Andy. Il n’avait pas la patience qu’il avait eu pour l’anglais et je pense que c’est ce qui se passe lorsqu’il s’agit de notre langue maternelle. Instinctivement, on parle vite. Alors j’ai appris différemment, avec les mexicains en général : la famille d’Andy d’une part et les amis d’autre part. Après 6 mois, je pense que j’avais acquis un bon niveau d’espagnol mais c’est surtout mon expérience en entreprise qui m’a permis d’améliorer encore un peu plus mon niveau. L’aspect le plus curieux est qu’Andy et moi avons continué de parler anglais entre nous par habitude. Je pourrais désormais lui parler en espagnol, et ça arrive de temps en temps, mais je reviens toujours à l’anglais qui est en quelque sorte notre zone de confort.

Et le français dans tout ça ? En janvier 2016, Andy a débuté des classes de français avec un professeur particulier. Il a récemment arrêté de prendre des cours car son professeur de français a quitté le Mexique pour l’Espagne. Il s’exprime et comprend la plupart des choses mais c’est plus difficile pour lui car il ne vit pas en France et ne bénéficie pas d’une immersion comme j’en bénéficie moi-même en vivant au Mexique. Nous avons essayé à plusieurs reprises de parler en français mais ça ne sonne pas très naturel. Cela me demande beaucoup de patience et il est difficile d’avoir une vraie conversation fluide, alors inéluctablement, on revient à l’anglais. Nous sommes conscients qu’il ne va pas progresser ainsi mais c’est plus fort que nous.

Je me souviens au tout début quand je devais jongler entre l’anglais et l’espagnol. Parfois le soir, j’avais de terribles maux de tête. Aujourd’hui ça va beaucoup mieux même si sûrement que parler plus français me reposerait un peu l’esprit. A cet égard, le fait d’enseigner le français est quelque chose qui m’est fort agréable. Je pense que tout expatrié, bien qu’il apprécie sa vie en expatriation, peut à différents moments ressentir le manque de son pays, de ses repères mais surtout de sa langue maternelle. Durant un temps, j’avais voulu me mettre à la lecture en espagnol (je lisais déjà en anglais) mais désormais, je lis exclusivement en français car c’est naturel et ça ne me demande aucun effort particulier. Au contraire, ça me repose. Enseigner le français représente pour un moi comme un sas de décompression et je prends plaisir à partager ma culture, même s’il m’est arrivé parfois d’expérimenter deux étranges phénomènes :

1 – Oublier des mots dans ma propre langue.

2 – Avoir le sentiment que soudainement, le français me sonne étranger à moi-même.

Une chose est certaine, quelque que soit la langue qu’utilise un couple mixte pour communiquer, s’ils n’ont pas la même langue maternelle, les deux conjoints devront inévitablement faire face à des malentendus. Certains sont anodins et même drôles, mais d’autres peuvent conduire à de véritables disputes jusqu’au moment où l’on se rend compte qu’en fait, on ne s’était pas compris. Je me souviens d’une fois où en France, Andy et moi avions passé une soirée chez ma maman avec mes sœurs et où nous avions fait des jeux de société. Sur le chemin du retour, alors que nous étions dans le métro, Andy avait dit, ou tout du moins j’avais cru entendre, « boring game ». J’avais compris qu’il avait trouvé les jeux ennuyeux et je m’étais sentie un peu vexée car l’un deux, le Dixit, est l’un de mes jeux préférés. Mais en fait il avait dit « board game » qui signifie simplement jeux de société en anglais. Il n’avait jamais dit qu’il trouvait les jeux ennuyeux et ce fût simplement une mauvaise interprétation de ma part. Ceci est juste une anecdote mais j’en ai beaucoup d’autres en stock. D’ailleurs, je pense que je devrais les noter dans un cahier. Cela ferait sans nul doute une bonne compilation !

Outre les simples malentendus, on ne peut nier que s’exprimer dans une langue qui n’est pas la nôtre a sans conteste un impact sur notre façon d’être. Par exemple, j’ai beaucoup plus d’humour quand je parle français, humour que j’ai tendance à perdre en anglais ou en espagnol. C’est immanquable, lorsque l’on parle une autre langue, on perd un peu de nous, de notre essence, de notre identité profonde. De plus, on n’investit peut-être pas les mots de la même manière que l’autre. On ne leur attribue pas exactement le même sens, ce qui représente un facteur supplémentaire de confusions.

En définitive, parler différentes langues représente une richesse infinie mais matérialise dans un couple mixte un challenge, une difficulté que d’autres couples ne rencontrent pas. Pour les enfants de couples mixtes, on imagine aisément l’opportunité qui leur est donnée : être bilingue, voire trilingue, dès le début de la vie et donc sans efforts majeurs d’apprentissage. Mais ce patrimoine langagier puise ses origines dans un couple qui a fait et continue de faire un énorme travail de compréhension mutuelle.

Je sais qu’Andy et moi sommes amenés à faire bien d’autres malentendus et bien d’autres erreurs d’interprétation mais je chérie cette pluralité qui est la nôtre et qui bien qui nous éloigne parfois, fait aussi la singularité de notre union.


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