La crise au Mexique (en format « L’économie pour les nuls », comme moi)


Depuis la propagation de la pandémie de COVID-19 au début de l’année, partout aux quatre coins du monde les nations sont en proie à la « crise » et le Mexique n’échappe pas à la règle. Mais concrètement, qu’est-ce-que cela signifie ? Je ne suis ni économiste, ni sociologue mais suite à des questions récurrentes de certains d’entre vous, chers lecteurs, je me propose ici d’expliquer en termes simples et synthétiques quels sont les défis économiques auxquels fait face le Mexique à l’heure actuelle.


Qu’est-ce qu’une crise économique ?


Avant d’aborder la spécificité de la situation économique mexicaine il est important de bien s’entendre sur la définition d’une crise économique. J’ai à cet égard choisi la définition du Monde Diplomatique que je trouve à la fois simple et précise et qui décrit la crise économique comme « une dégradation brutale de la situation économique et des perspectives économiques d’un pays ou d’une zone économique. » La suite de la définition précise que si la crise s’étend sur plusieurs années, on parle alors de récession voire de dépression. En règle générale, les conséquences sont une baisse du PIB (produit intérieur brut), des faillites d’entreprises et donc une augmentation du chômage et un accroissement des tensions sociales.


Concrètement, que se passe-t-il au Mexique ?


Comme partout dans le monde, le Mexique traverse une crise due à la pandémie de COVID-19 qui a ralenti l’activité économique. C’est en particulier le secteur tertiaire qui est touché, c’est-à-dire celui des services dans la mesure où les entreprises qui en font partie n’ont généralement pas des activités considérées comme essentielles. Un restaurant ou un salon de coiffure n’est par exemple pas « essentiel ». Mais le ralentissement économique est le fruit d’autres facteurs tels que d’une part la chute des investissements étrangers et d’autre part la baisse du prix du pétrole.


La baisse des investissements étrangers


En ce qui concerne les investissements étrangers, leur diminution remonte à l’arrivée d’AMLO (Andrés Manuel López Obrador) au pouvoir présidentiel en décembre 2018. Suite à son abandon de plusieurs projets tels que la construction du nouvel aéroport dans la capitale, pourtant indispensable, ou encore l’installation d’une usine de production brassicole appartenant au groupe Constellation Brands en Baja California (alors qu’elle était sur le point d’être terminée), le 58ème président mexicain génère des incertitudes et n’inspire pas confiance aux investisseurs étrangers. À cet égard, le Mexique a été éliminé en juin dernier du classement de l’Indice de Confiance d’investissement étranger direct publié par la société de conseil Kearney. La pandémie n’a bien sûr pas contribué à améliorer la situation.


La chute du prix du pétrole


Le Mexique est un grand exportateur de pétrole. Son activité est gérée à 99% par l’entreprise PEMEX : c’est non seulement un monopole mais c’est aussi et surtout une entreprise qui appartient à l’Etat. Or que se passe-t-il quand la demande internationale de pétrole chute, comme c’est actuellement le cas avec la pandémie ? L’exportation diminue bien-sûr, en particulier l’exportation en dollars vers les Etats-Unis, et le peso perd de sa valeur, il se dévalue.


La dévaluation du peso


En réalité, la dévaluation du peso n’est pas seulement le fruit de la baisse de la demande de pétrole et donc de son exportation mais aussi de la baisse des investissements étrangers.


Au 4 septembre, jour où je rédige cet article, le taux de change est le suivant : 1 USD = 21, 56 MXN. Or au 1er janvier de l’année le dollar représentait 18,85 MXN. Voici ce que ça donne en euros. Aujourd’hui 1 € = 25,52 MXN mais au 1er janvier, 1 € équivalait à 21,05 MXN. Si l’on remonte plus loin dans le temps et si je prends un exemple concret : lorsque je suis arrivée au Mexique il y a quatre ans 10 € équivalaient à peu près à 200 MXN. Or aujourd’hui 10 € représentent 257 MXN. C’est une hausse significative. Le problème bien-sûr est que si les prix augmentent, les salaires en revanche ne suivent pas, ce serait même plutôt le contraire. Ce n’est pas un hasard si beaucoup de millenials au Mexique ne prennent pas leur indépendance. Leurs salaires ne leur permettent tout simplement pas d’être autonome, mais ça c’est une autre discussion.


En définitive, la dévaluation accélérée du peso observée ces derniers mois implique une forte baisse du pouvoir d’achat.


La chute du PIB


L’INEGI (Institut National de Statistiques et de Géographie), comparable à notre INSEE en France, avait prévu en juillet dernier une chute du PIB de 17,3% pour le deuxième trimestre de 2020. Mais en réalité, la chute s’est révélée être de l’ordre de 18,7% par rapport à la même période l’an dernier : c’est la baisse la plus importante enregistrée par l’INEGI depuis 1981.


Mais pourquoi mesure-t-on le PIB ? Le PIB est un indicateur économique parmi d’autres. Lui seul ne suffit bien-sûr pas à rendre compte d’une situation économique dans son ensemble, il serait trop réducteur. Mais il est couramment utilisé pour mesurer la croissance économique d’un pays donné à travers la richesse qu’il produit. Plus précisément, le PIB représente la valeur ajoutée totale des biens et des services produits sur un territoire national. Vous le connaissez peut-être sous le nom de GDP en anglais : Gross Domestic Product. Afin que ce soit plus visuel, je partage ci-dessous un graphique de l’OCDE où le PIB est exprimé en dollars américains par habitant sur l’année 2019. J’y ai souligné les Etats-Unis, l’Allemagne, la France et le Mexique.


Source: OCDE.


Résumé en une phrase, le Mexique fait face à une forte baisse de sa production, tant de biens que de services. C’est une conséquence inévitable de la pandémie qui a entraîné une baisse de la demande et une paralysie du pays pendant un mois au Mexique avec le confinement.


Mais pourquoi donc le Mexique est-il tant affecté ?


Si tous les pays sont touchés par la crise, on peut se demander pourquoi le Mexique est particulièrement affecté. Il y a de multiples facteurs mais je me limiterais à seulement quatre d’entre eux pour la simplicité de l’article.


Il faut d’une part souligner l’absence de soutien du secteur privé de la part du gouvernement. Les entreprises voient leur activité ralentir ou pire font faillite, ce qui entraîne des licenciements et une hausse du chômage. Mais au lieu de recevoir un quelconque soutien de l’Etat, voici la position exprimée par le président mexicain : « Contrairement à l’opinion de beaucoup, nous avons décidé de soutenir en bas, plutôt qu’en haut, en apportant un soutien direct à la population ». Des aides ont été ainsi accordées directement aux personnes qui avaient perdu leur emploi mais il est nécessaire de remarquer que ces aides ponctuelles ne sont pas suffisantes et que surtout elles ne règlent pas le problème de fond, à savoir que les entreprises ferment et qu’il n’y a plus d’emploi.


D’autre part, le marché du travail au Mexique est caractérisé à 60% par les emplois dits « informels », c’est-à-dire non-déclarés. Selon des sources de l’INEGI, 12 millions de personnes du secteur informel auraient perdu leur travail et leurs revenus suite à la pandémie.


Par ailleurs, il n’existe pas de réelle protection sociale au Mexique. Il n’y a pas d’allocations, ainsi lorsque l’on se retrouve du jour au lendemain au chômage, on ne touche rien. Lorsque le confinement a été imposé par l’Etat en avril, beaucoup de salariés se sont retrouvés sans ressources. Il y a des cas exceptionnels où certaines entreprises ont été en mesure de payer leurs salariés malgré tout mais ça n’a bien-sûr pas été la norme. Beaucoup ont été forcées de licencier…


Enfin, l’accès à la santé est limité au Mexique. Il existe bien une sécurité sociale mais il va de soi que les personnes appartenant au secteur informel n’en bénéficient pas et pour ceux qui y sont inscrits, les conditions de soin restent limitées. Cela a pour conséquence que les gens consultent moins y compris lorsqu’ils souffrent de pathologie chronique telles que le diabète ou l’hypertension par exemple. Dans ce contexte, une pandémie ne peut qu’être désastreuse. Pour en savoir plus sur le système de santé mexicain je vous renvoie à l’article Le système médical au Mexique que j’ai écrit en novembre 2018.


Quelles sont les perspectives pour le Mexique ?


Le FMI (Fond monétaire international) estime que l’économie mexicaine affichera une récession de 10,5% pour l’année 2020 tandis que la Banque mondiale affiche un pronostic de moins 7,5% et l’OCDE une chute de 8,6%. Le panorama n’est donc pas optimiste.


Une piste pour le Mexique serait de regagner la confiance des investisseurs étrangers. Le T-MEC, nouveau traité de libre-échange signé entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique et qui vient se substituer au NAFTA (North American Free Trade Agreement), facilitera-t-il cette démarche ? C’est en tous cas un espoir.


Une autre démarche nécessaire serait de réinvestir plus adéquatement les dépenses publiques. Elles ont jusque là été destinées à des projets d’infrastructure qui n’apportent malheureusement pas de réelle valeur économique. On compte parmi ces projets la raffinerie de Dos Bocas dans l’Etat de Tabasco, le développement du Train Maya dans la péninsule du Yucatan ainsi que la construction de l’Aéroport de Santa Lucía dans l’Etat de Mexico. L’usage et la viabilité financière de tous ces projets interrogent. Comme le souligne El Financiero, l’investissement public doit être dirigé vers des projets sociaux réellement efficaces et qui favorisent la croissance et le bien-être du Mexique.


Par ailleurs, qui dit baisse de la consommation (je soulignais que le pouvoir d’achat des Mexicains a diminué) dit baisse des recettes fiscales et donc moins de fonds destinés aux dépenses publiques. Or comment relancer la consommation face à une telle augmentation du chômage ?


Enfin, il y a la question de PEMEX que j’ai esquissé un peu plus haut. PEMEX est sûrement l’entreprise mexicaine la plus importante mais elle est aussi l’exploitation pétrolière la plus endettée du monde, enregistrant une dette de plus de 100% de ses revenus, associée à une activité économique ralentie. Si PEMEX vient à perdre sa capacité de fonctionnement et de paiement, et dans la mesure où c’est une entreprise qui appartient au gouvernement fédéral, le taux de change ainsi que les taux d’intérêt et la fuite des capitaux sera d’autant plus un frein à la croissance économique du pays.


Conclusion


Comme je le soulignais au début de l’article, je ne suis pas économiste et je ne prétends ni tout comprendre ni être capable de discerner des solutions concrètes : ce serait fort prétentieux de ma part. Je tenais simplement à dresser un panorama synthétique de la situation économique actuelle du Mexique.


Je n’ai même pas abordé le thème de la mondialisation et de ses excès qui a conduit les nations à des interdépendances non pas profitables mais néfastes comme l’a démontré la pandémie. Je ne suis pas anti-mondialiste mais peut-être existe-t-il un juste milieu à trouver ? En outre, la pandémie nous a également amené à nous questionner sur l’utilité, l’objectif et la valeur de notre travail. Pendant des décennies nous avons poursuivi un seul et unique but : le profit et donc la croissance. Or aujourd’hui, nous commençons à nous interroger sur le bien-fondé de cette visée, la question centrale étant : en quoi notre travail a-t-il de la valeur ?


Enfin, pour ceux qui me contactent par email à propos d’un projet d’expatriation au Mexique, sachez que je ne suis pas une spécialiste de la question et qu’il m’est impossible de vous encourager ou non dans cette voie. Nous avons tous des parcours différents et certains on plus d’atouts que d’autres mais ce qui est certain est que la situation actuelle du Mexique n’est pas très positive et que dans ce contexte, il est difficile de trouver du travail localement, qui plus est lorsque l’on est étranger. Là encore, je ne cherche à dissuader personne : je décris la situation telle qu’elle est.


N’hésitez pas à réagir en commentaire si vous avez des questions ou si vous souhaitez partager votre expérience.

Sources:


https://www.monde-diplomatique.fr/index/sujet/criseeconomique

https://www.animalpolitico.com/2020/07/semaforo-economico-economia-primera-mitad-2020-niveles-historicos/

https://elpais.com/mexico/economia/2020-07-30/la-economia-mexicana-se-desploma-un-173-en-el-segundo-trimestre-de-2020-la-peor-caida-de-su-historia.html

https://expansion.mx/economia/2020/08/03/analistas-esperan-peor-caida-pib-2020

https://www.eleconomista.com.mx/economia/Mexico-tendra-en-el-2020-una-de-las-cinco-caidas-mas-profundas-en-el-PIB-Barclays-20200726-0082.html

https://www.elfinanciero.com.mx/economia/fmi-hunde-pronostico-de-economia-de-mexico-en-2020-proyecta-caida-de-10-5

https://www.elfinanciero.com.mx/monterrey/jose-elias-abdala-perspectivas-economicas-mexico-2020#:~:text=El%20pasado%2030%20de%20enero,no%20suced%C3%ADa%20desde%20el%202009.&text=Hace%20unas%20semanas%2C%20el%20Fondo,ciento%20a%201.0%20por%20ciento.

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A propos

Tout a commencé par un semestre d’étude…cela s’est terminé en déménagement. Moi c’est Hélène, et je me suis installée au Mexique en Juillet 2016, époque à laquelle j’ai débuté le blog. A French in Mexico, c’est l’histoire d’une française (moi) qui vit au Mexique et qui écrit plein de choses sur le voyage et la vie à l’étranger. Je partage ma découverte du pays et de sa culture, mais aussi mon expérience sur la vie d’expatriée, sa richesse, ses challenges et ses difficultés.

Plus d’informations sur mon parcours, ainsi que mes coordonnées de contact, sont disponibles dans la rubrique « A propos ». Bonne lecture à tous!

 

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