Lancer sa boîte au Mexique à l’aube d’une pandémie

May 18, 2020

 

Le 9 décembre dernier, j’avais partagé sur le blog l’article Entreprendre au Mexique relatif au lancement de mon entreprise il y a six mois et demi. J’y abordais des questions aussi diverses que : pourquoi entreprendre ? Quelle est la différence entre entreprendre au Mexique et en France ? Faut-il nécessairement innover pour entreprendre ? etc…Et bien-sûr, j’y parlais concrètement de comment j’en suis venue à créer Sauvage – La novia libre, un showroom de robes de mariées de créateurs français.

 

Ce que je ne savais pas à ce moment-là, c’est que quelques mois plus tard, le monde ferait face à une pandémie. Lorsque l’on créé une entreprise, il y a de nombreux facteurs à prendre en compte, à évaluer et mesurer mais il demeure toujours une part d’incertitude qui correspond à la prise de risque de l’entrepreneur. Pour ma part, j’étais par exemple consciente qu’au vu du contexte et des projections économiques, une crise était à prévoir. En revanche, à mon échelle (je spécifie bien à mon échelle car certains spécialistes/consultants/projectionnistes avaient bel et bien envisagé ce scénario), je ne pouvais pas anticiper qu’une pandémie allait frapper la planète et avoir des conséquences économiques aussi graves.

 

Depuis le 23 mars dernier (la vague de contamination de COVID-19 a été un peu plus tardive qu’en Europe), il m’a fallu m’adapter à cette nouvelle donne en me posant les questions suivantes :

 

 

 

 

En quoi la pandémie va-t-elle affecter mon entreprise ?

Quels sont les atouts de mon entreprise ?

Que puis-je mettre en œuvre pour faire face à cette crise ?

 

 

En quoi la pandémie a-t-elle affecté mon entreprise ?

 

Je me suis vue bien-sûr dans l’impossibilité de recevoir des clientes pour les essayages alors que je commençais à peine à être sollicitée de façon plus récurrente. C’est difficile car qui dit absence de rendez-vous dit tout simplement qu’il n’y aura aucune vente et donc que le business « stagne », ne parvient pas à « décoller », demeure loin d’être rentable. En règle générale, lorsque l’on démarre une entreprise, il faut au moins – et j’insiste bien sur le « au moins » – un an pour parvenir à générer des bénéfices et un entrepreneur sait qu’il lui faudra environ trois ans pour rembourser son investissement et être véritablement rentable : c’est normal. Or le contexte actuel m’amène à penser que ces délais seront rallongés en ce qui me concerne.

 

L’industrie du mariage est fortement touchée par la pandémie car les mariages sont annulés ou reportés. La crise économique qui va découler de la pandémie (mais pas que car elle était déjà prévisible, à moindre échelle bien-sûr) va avoir des répercussions directes sur le quotidien de chacun. On peut imaginer que les couples continueront de se marier. En revanche, on peut aussi imaginer qu’ils seront forcés de revoir à la baisse leur budget de mariage : ce qu’une cliente est prête à dépenser pour sa robe de mariée en sera affecté.

 

Par ailleurs – cela peut paraître un détail mais ça a une certaine importance pour une affaire qui démarre – j’avais puisé dans mon budget marketing pour une publication au sein d’un média local, édition spéciale « Mariage » qui devait avoir lieu en mai. Elle est pour le moment en « stand-by », ce qui est positif car ça ne servirait pas à grande chose de publier cette édition maintenant. Dans le même temps, je ne peux qu’espérer que cet investissement n’aura pas été totalement inutile.

 

Quels sont mes atouts ?

 

L’un des aspects positifs de Sauvage – La novia libre est que je n’ai pas, ou du moins très peu, de coûts fixes, ces derniers se limitant à un service de comptabilité externe et à un contrat avec un blog de mariage jusqu’au mois de juillet.

Je n’ai pas de loyer à payer et je n’ai pas d’employés. Il me semblait en effet prématuré et risqué de m’installer dans un local dans les premiers temps ne sachant pas comment évolueraient les ventes et au vu du contexte actuel, je m’en félicite. J’ai aménagé un espace personnel en showroom, ce qui est suffisant pour le moment.

En outre, je suis seule à bord (avec mon associé mais qui est plus un investisseur et s’occupe très peu de l’opérationnel) et je fais appel à des partenaires externes pour certains aspects tels que l’importation, les retouches de robes, etc…Attention, quand je parle de partenaires externes, j’insiste sur le premier mot : « partenaire ». Je délègue des tâches mais je suis pleinement impliquée avec eux, l’objectif étant de développer une relation de confiance, durable dans le temps.

 

En définitive, c’est frustrant de ne pas parvenir à faire évoluer Sauvage comme je le voudrais car de l’argent y a été investi, en particulier pour l’achat des robes, mais je ne suis pas non plus dans une situation où j’opère à pertes.

 

Qu’ai-je mis en œuvre pour faire face à la crise ?

 

 

J’ai beaucoup observé les acteurs de l’industrie du mariage autour de moi (photographes, traiteurs, fleuristes, maquilleurs…) et un large nombre s’est résolu à proposer des réductions à leurs clients, chose que je ne suis pas en mesure de faire. Le prix des robes est un prix juste qui ne me permet pas de faire de ristourne au vu des coûts d’importation. Néanmoins, bien que le taux de change ait augmenté, et ce en ma défaveur passant l’euro de 21,23 MXN à 25,93 MXN, je n’ai pas augmenté mes tarifs.

 

En revanche, je me suis concentrée sur la création de contenus digitaux afin de promouvoir la marque et son histoire. Il va de soi que j’ai continué à publier des posts sur Instagram et Facebook, mais je suis aussi sortie de ma zone de confort en éditant mes premières IGTV où je fais des présentations de robes (à défaut de pouvoir recevoir les clientes). Cela signifie que je me suis pour la première fois mise au montage vidéo : j’ai opté pour le logiciel Filmora qui est vraiment rapide à prendre en main.

 

J’ai par ailleurs commencé à préparer des catalogues avec les modèles dont je dispose dans le showroom et les autres qu’il est possible de commander. C’est un outil que je peux facilement partager avec des clientes potentielles et qui me permet de donner plus de solidité à Sauvage.

 

De plus, parce-que j’ai eu beaucoup de temps pour réfléchir, j’ai mis en place deux questionnaires, pré et post essayage à destination des clientes qui me rendront visite dans le futur, afin de mieux cerner leurs attentes et aussi afin de savoir si elles ont apprécié l’expérience lors de leurs essayages. Mon but est d’offrir un service véritablement personnalisé et d’avoir des retours concrets afin de constamment m’améliorer.

 

Enfin, je ferai un « take-over » du compte Instagram d’un média local afin de partager avec les auditeurs une visite du showroom, ce qui j’espère me permettra de toucher un plus grand nombre de personnes.

 

Contrairement à de nombreuses marques, je n’ai pas mis en place de live Instagram avec d’autres acteurs (photographes, professeurs de yoga, de cuisine…) car mon audience est actuellement trop faible pour que cela ait un véritable intérêt.

 

Et bien-sûr, je travaille à d’autres projets futurs dont des collaborations, essayant de mettre à profit le temps dont je dispose. Je suis parfois déconcertée lorsque certains entrepreneurs disent qu’ils n’ont pas de clients à cause de la pandémie et que donc ils n’ont rien à faire. Au contraire, ce temps (dont on se plaint souvent de manquer) est précieux pour penser en termes à la fois stratégiques et créatifs. Il y a toujours des choses à faire et à planifier.

 

 

Ma conclusion à l’heure actuelle est que l’avenir est définitivement incertain. C’est vrai partout dans le monde mais en particulier au Mexique et dans les pays où le système économique, social et politique était déjà très fragile. Il n’existe aucun dispositif de soutien au Mexique, tant pour les entreprises que pour les particuliers, ce qui signifie que l’on ne peut malheureusement que compter sur soi-même. Il va de soi que beaucoup perdront leur emploi (c’est déjà le cas) et que des entreprises feront faillite (c’est aussi déjà le cas). Le président actuel du Mexique est un populiste comme je le mentionnais dans l’article Coronalandia au Mexique (et dans le monde) et qui possède un discours dangereux afin de manipuler les « masses ».

Rentrer en France semble insensé après avoir lancé Sauvage. Néanmoins, si la situation économique devient trop compliquée, c’est une option que je n’élimine pas, tout en étant consciente que ce ne sera la panacée non plus (ça ne le sera nulle part dans le monde) mais où j’aurais la possibilité de trouver du travail.

 

Suite au prochain épisode…

 

 

Et vous chers lecteurs, en quoi et comment la pandémie de COVID-19 vous a-t-elle affecté ?

 

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A propos

Tout a commencé par un semestre d’étude…cela s’est terminé en déménagement. Moi c’est Hélène, et je me suis installée au Mexique en Juillet 2016, époque à laquelle j’ai débuté le blog. A French in Mexico, c’est l’histoire d’une française (moi) qui vit au Mexique et qui écrit plein de choses sur le voyage et la vie à l’étranger. Je partage ma découverte du pays et de sa culture, mais aussi mon expérience sur la vie d’expatriée, sa richesse, ses challenges et ses difficultés.

Plus d’informations sur mon parcours, ainsi que mes coordonnées de contact, sont disponibles dans la rubrique « A propos ». Bonne lecture à tous!

 

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