Coupe du Monde - Et si c’était plus que du foot ?

July 18, 2018

 Crédit photo: FFF

 

Après un mois de matchs disputés à l’échelle mondiale, la coupe du monde 2018 vient de s’achever et la France a gagné. Cette compétition qui intervient tous les quatre ans a généré différentes réactions : engouement et ferveur chez les uns, indifférence ou incompréhension chez les autres (« c’est juste du foot »), mais aussi parfois du dégoût («la FIFA, c’est vraiment une machine à fric ») et des comportements racistes. Je pense en particulier au déferlement de haine qui a eu lieu en Italie suite à la victoire française. Mais au fond, c’est quoi une coupe du monde ?

 

C’est premièrement et avant tout du sport, c’est-à-dire un ensemble d’exercices physiques se présentant sous forme de jeux individuels ou collectifs, donnant généralement lieu à une compétition, et pratiqués en observant certaines règles (dixit le Larousse), et c’est plus précisément du football. Le football est à cet égard une discipline sportive dans laquelle deux équipes de onze joueurs cherchent chacune à envoyer dans le but adverse un ballon avec les pieds, la tête ou toute autre partie du corps, à l’exception des mains et des bras. La coupe du monde est donc en premier lieu un événement sportif dédié au football (jusque-là tout va bien).

 

Mais, et c’est une précision qui n’est pas des moindres, c’est un événement consacré à la discipline sportive la plus partagée au niveau international. Il existe en effet une culture commune forte autour du football qui créé du lien entre les nations mais aussi entre toutes les classes sociales. Allez faire un tour dans un stade et vous vous rendrez compte que toute la société y est représentée : du boulanger à la fleuriste, en passant par l’enseignant, le cadre, l’autoentrepreneur et le président. Alors oui, peut-être que vous en particulier qui me lisez n’êtes pas un aficionado du foot mais sachez que c’est la discipline sportive qui concentre le plus de supporters et ce à travers le monde entier.

 

La coupe du monde est par ailleurs une compétition internationale. Elle met en jeu des équipes qui représentent des nations et sont donc d’une certaine manière ambassadeurs de leur Etat. Chaque équipe est en quelque sorte la vitrine de son pays. Ainsi lorsque l’équipe française de football de 2010 s’est montrée arrogante et insolente en Afrique du Sud, l’image de la France en a pris un coup. Insultes à l’entraîneur, grève des joueurs et élimination dès le début de la compétition ont fait le tour des médias internationaux.

 

C’est ainsi que cette compétition sportive qu’est la coupe du monde a aussi des répercussions politiques. Si je reprends l’exemple de l’équipe française en 2010, les retombées médiatiques sans précédent qui altérèrent grandement l’image de la France dans le monde générèrent l’intervention de la Ministre des Sports et de la Secrétaire d’Etat aux Sports (respectivement Roselyne Bachelot et Rama Yade à l’époque). De plus, une coupe du monde induit des enjeux politiques pour le pays qui accueille la compétition (la Russie cette année) ainsi que pour les nations en tant que telles : des chefs d’Etat se rencontrent non pas de façon formelle autour d’une visite diplomatique avec des objectifs précis définis à l’avance, mais dans un contexte de compétition sportive. Ce sont des rencontres dans un contexte différent et c’est sain.

 

Une coupe du monde est ainsi une compétition sportive internationale regardée par des millions de spectateurs, toutes nationalités confondues, qui partagent une culture commune : celle du football. C’est un événement qui réveille un sentiment nationaliste dans le sens d’appartenance à son pays. Le nationalisme n’est pas nécessairement quelque chose de négatif. S’il n’est pas extrême, il est tout à fait sain et normal d’être fier et de supporter le pays auquel on appartient. Peut-être me direz-vous que les Jeux Olympiques suscitent les mêmes sentiments et les mêmes enjeux, mais génèrent-ils autant d’effervescence ? Pour tous les points énoncés ci-dessus, je suis parvenue à la conclusion que non, une coupe du monde ce n’est pas que du foot.

 

Je reconnais bien-sûr que tout le monde n’apprécie pas le football, ce que je respecte. Le monde serait tellement ennuyeux si nous partagions tous les mêmes passions. Néanmoins je n’aime pas entendre que c’est, je cite, « un sport débile où les joueurs courent comme des chiens après une baballe ». Il y a de la beauté dans le football, de la stratégie, de la technicité, un travail d’équipe, de l’entraînement acharné, des limites du corps repoussées, une intelligence corporelle et en fin de compte une certaine chorégraphie.

 

 Crédit photo: FFF

 

Alors quand j’entends dire qu’Antoine Griezmann « court après la baballe » et « pleure comme un petit garçon » au moment de la victoire, ça me hérisse. Cette victoire, c’est un rêve qui se réalise, le rêve d’un enfant qui en 1998 cherchaient les autographes des joueurs de l’équipe française alors gagnante.

 

 

Quant aux personnes de sexe féminin qui prétendent que parce qu’elles sont des « filles » elles n’aiment pas le foot, je ne vois absolument pas le lien. Il existe des équipes de football féminines et d’excellentes même. On ne peut pas se dire favorable à l’égalité des genres et dans le même temps ne pas être intéressée par le foot « parce qu’on est une femme ». On n’aime pas le foot parce qu’on n’aime pas le foot, point. Cela n’a rien à voir avec le sexe : il y a des hommes qui n’aiment pas le foot non plus.

 

Et les dérives du football qu’en est-il ? Oui, elles existent et elles sont indéniables, comme pour tout j’ai envie de dire.

 

Oui, il s’agit d’un sport qui s’est transformé en véritable business et la FIFA manie des montants astronomiques. Les clubs achètent les joueurs pour des sommes jugées par certains indécentes et je ne dirais pas le contraire. Est-ce une raison pour ne pas regarder la coupe du monde ? Pas pour moi-même si au fond je ne suis pas en accord avec toute cette manne.

 

C’est par ailleurs un sport qui génère très souvent des manifestations associées à des actes de vandalisme (et de violence physique dans certains cas) : je ne l’approuve pas mais comme dans toutes manifestations, des limites sont franchies. Avons-nous connu ne serait-ce qu’une manifestation sans aucun heurt ? Je ne le crois pas. Lorsque la France a gagné, Paris s’est sans nul doute un peu embrasé mais toutes les manifestations n’étaient pas négatives : il y avait un sentiment de joie.

 

 Crédit photo: Gérard Julien/AFP

 

Enfin, autre dérive et sûrement la plus importante, les comportements racistes au sein du foot. Ils ne sont pas acceptables et à cet égard la FIFA les dénonce. Les manifestations de racisme existent mais elles ne sont pas tolérées, tant au sein des équipes que et des supporters. Lorsque je vois les récentes réactions en Italie, je trouve cela affligeant. « L’Afrique a gagné », titre du quotidien Reppublica est tout simplement grotesque et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. N’est-ce pas au contraire un beau message que l’équipe française ait gagné, une équipe nationale qui démontre que quelques soient nos origines nous pouvons vivre ensemble et nous battre ensemble. Il me semble important de préciser que si les joueurs de l’équipe ont des origines diverses, ils sont bel et bien de nationalité française. La France porte en elle un bagage migratoire qu’on ne peut nier et on devrait en être fier. En outre, la FIFA n’impose pas aux joueurs d’avoir la nationalité du pays pour lequel ils jouent : ils peuvent très bien choisir de jouer dans l’équipe d’un pays auxquels ils sont attachés émotionnellement par exemple. Dire que l’Afrique a gagné pour la première fois une coupe du monde est d’une stupidité monumentale et raciste envers l’Afrique elle-même ! 

 

 Crédit photo: FFF

 

En définitive, le football génère des dérives comme dans n’importe qu’elle autre discipline sportive. Si l’on en entend plus parler c’est parce-que le foot est largement plus médiatisé. La coupe du monde, au-delà du sport qu’elle met en scène, est une compétition internationale qui, à intervalle de quatre ans, tient le monde en haleine et réunit des individus de tous horizons autour d’une passion commune. Une passion commune qui pour sûr ne va pas résoudre tous les problèmes de la planète, comme l’a très bien dit le joueur français Mbappé, mais qui fait du bien ! Alors non, la coupe du monde, ce n’est pas que du foot : c’est plus que ça.

 

Je propose en guise de conclusion un bel article du New Yorker (donc en anglais) écrit par un journaliste américain à propos de la victoire de l’équipe française et de son multiculturalisme.

 

 Crédit photo: Frank Fife/AFP

 

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A propos

Tout a commencé par un semestre d’étude…cela s’est terminé en déménagement. Moi c’est Hélène, et je me suis installée au Mexique en Juillet 2016, époque à laquelle j’ai débuté le blog. A French in Mexico, c’est l’histoire d’une française (moi) qui vit au Mexique et qui écrit plein de choses sur le voyage et la vie à l’étranger. Je partage ma découverte du pays et de sa culture, mais aussi mon expérience sur la vie d’expatriée, sa richesse, ses challenges et ses difficultés.

Plus d’informations sur mon parcours, ainsi que mes coordonnées de contact, sont disponibles dans la rubrique « A propos ». Bonne lecture à tous!

 

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