Vivre au Mexique / Comment manger mexicain sans excès?

February 26, 2018

 

Parlons-un peu de diététique aujourd’hui ! Non, ne me haïssez pas s’il-vous-plaît. Je sais que pour beaucoup de femmes (et quelques hommes aussi) les régimes sont un éternel sujet de préoccupations et parfois même une obsession. Je souhaite donc dire avant toute chose que je ne suis pas une porte-parole des régimes pour lesquels je n’ai jamais été en faveur. J’ai toujours pensé que ces derniers causaient plus de dommages qu’ils n’engendraient de bénéfices et par conséquent, je ne donnerai aucune prescription/recommandation/conseil de régime dans cet article. Vous pouvez vous détendre !

 

Mais il y a une réalité au Mexique que j’expérimente chaque jour et que je ne peux ignorer : rester mince peut se révéler être un challenge, en particulier lorsque l’on est habitué à manger différemment des mexicains. Mes origines sont tellement diverses que je ne dirais pas que je mange typiquement français et en réalité, la gastronomie française est elle-même très diverse. A titre d’exemple, les français du nord ont plus tendance à cuisiner avec de la crème et du beurre quand ceux du sud privilégient l’huile d’olive et des recettes méditerranéennes. Le fait est que mes habitudes culinaires sont tout simplement très différentes de celles des mexicains et que j’ai eu des difficultés à m’adapter à la nourriture locale tout en restant en bonne santé.

 

La première fois que je suis venue au Mexique pour mon semestre d’échange, parce-que je suis très curieuse des cuisines à travers le monde, je voulais goûter à tout ! Dans mon esprit, il s’agissait d’un voyage de sept mois et je voulais en tirer tous les bénéfices possibles en ayant une expérience 100% mexicaine. Par ailleurs, j’avais perdu du poids en France avant mon départ, donc j’avais un peu de marge. Je ne me suis alors mis aucunes limites. Comme vous pouvez aisément l’imaginer, j’ai bien-sûr pris du poids ! Je ne l’ai pas regretté car dès que je suis rentrée en France, j’ai immédiatement perdu ce que j’avais pris. Pendant cinq mois, je suis revenue à mes habitudes françaises et finalement à mon poids original. Néanmoins, à l’approche de mon nouveau départ pour le Mexique afin de m’y installer, je me suis dit que je ne pouvais pas réitérer l’expérience. Cette fois-ci, il s’agissait d’une expatriation en bonne et due forme, qui impliquait pour moi de vivre au Mexique pour une durée indéterminée : impossible dans ce contexte de tout se permettre. Je me suis donc définie des règles.

 

 

                1 – Je limite les tortillas et donc ce qui constitue la base de la cuisine mexicaine

 

La tortilla est une fine galette préparée à base de maïs ou de farine de blé finement moulue qui accompagne presque tous les plats mexicains. La version la plus connue de son utilisation est bien-sûr le taco : tortilla garnie de ce que l’on veut en fonction du moment de la journée (œufs, frijoles, fromage, pommes de terre, viande, avocat…) Pour en savoir plus, voir l'article Curso de Cocina Mexicana #1 / Did you say "tortilla"?

 

 

A l’origine, la tortilla était exclusivement préparée à base de maïs. Ce sont les espagnols qui l’adaptèrent à leur goût en introduisant la farine de blé, en particulier dans le nord du pays. Cette dernière version est plus calorique que celle de maïs et bien meilleure à mon goût, sûrement parce-que je la rapproche du pain. Dans mon cas, je ne privilégie pas nécessairement celles de maïs qui sont plus légères car comme je n’en mange pas beaucoup, je décide d’en profiter lorsque j’en consomme et je m’accorde donc celles de farine que je préfère. Mon crédo est de ne pas manger de tortillas plus de deux fois par semaine maximum et pas plus de 5 tortillas à la fois. Sur le papier, ça semble simple mais les mexicains mangent des tortillas tous les jours (bien plus que les Français ne mangent du pain par exemple) : je dois donc me mettre de sérieuses limites.

 

 

                2 – Je mange rarement des frijoles

 

Les frijoles sont les haricots qui accompagnent tous les plats mexicains et ils peuvent être lourds sur l’estomac lorsque l’on n’est pas habitué. Pour être honnête, je n’aime pas franchement les frijoles, en particulier lorqu’ils sont sous forme de purée dans les tacos, alors ce n’est pas vraiment un sacrifice que je fais. En réalité, je ne mange que ceux qui sont dit « de olla » et qui sont très noirs. Dans la mesure où ils sont plus rares, j’en mange peu. Par ailleurs, comme les frijoles accompagnent tout type de plat, au moment de passer la commande je spécifie « sin frijoles ». Cela surprend toujours mais c’est ma manière à moi de préserver ma santé.

 

 

                3 – Je mange mes chilaquiles sans crème

 

 Pour ceux qui n’ont jamais entendu parler des chilaquiles, j’en parle ici. Il est pratique courante de les servir systématiquement avec des frijoles en accompagnement, mais aussi de la crème et du fromage. Adepte du dicton « trop c’est trop », je les commande sans frijoles, sans crème, et je spécifie « avec très peu de fromage ».

 

 

                4 – Je consomme peu de salsa

 

Les salsas, ou sauces, sont présentes dans tous les plats mexicains et il y en a de toute sorte. Légèrement piquantes, moyennement piquantes, très piquantes, préparées avec différents types de chile (habanero, de arbol, jalapeño…), souvent chargées en sel et de différentes saveurs (cacahuète, tomates…) Sur le long terme, elles peuvent se révéler très agressives pour le système digestif, en particulier si l’on n’est pas habitué. De plus, elles peuvent générer du cholestérol et de l’hypertension. Dans ce cas, plus que concernée par mon poids, je suis concernée par ma santé en général et je limite donc les sauces. De plus, pour une française assez puriste comme moi, je trouve que les sauces ont tendance à ôter la saveur véritable des aliments. Pour les mexicains, c’est bien-sûr tout le contraire. Andy me reproche bien souvent que la cuisine française est fade et n’a pas beaucoup de goût, et pour cause, il est habitué aux sauces piquantes.

 

 

                5 – Je ne mange des œufs qu’une fois par semaine

 

 Au Mexique, on consomme une quantité assez impressionnante d’œufs, en particulier au petit-déjeuner. Ils peuvent être cuisinés brouillés ou au plat et les recettes sont infinies (huevos a la mexicana, huevos norteños, huevos rancheros…) Mais c’est bien connu, des œufs cuisinés dans l’huile (donc ni durs ni à la coque) c’est très riche en cholestérol. Je fais donc attention à limiter ma consommation en ne mangeant des œufs qu’une fois par semaine (deux fois dans des cas exceptionnels).

 

 

                6 – Je me méfie des jus « naturels »

 

Où que vous alliez, on va vous proposer un « jugo natural ». En réalité, ils sont bien rarement nature. La plupart du temps, les mexicains y ajoutent du sucre ou à défaut des édulcorants. Je me suis vite aperçue qu’au Mexique on mange très épicé mais aussi très sucré, chose à laquelle je ne suis pas habituée. Tout me semble trop doux. Lorsque je commande un jus je demande donc toujours s’il est vraiment naturel, et si ce n’est pas le cas, je ne le prends pas. Au supermarché, de la même manière que je le faisais en France, je n’achète des jus que « 100% fruits » (je n’ai trouvé qu’une marque qui le fait au Mexique). Quant aux « aguas frescas » de type jamaïca (eau d’hibiscus qui a étrangement la même saveur que le jus de raisin) ou horchata (eau préparée à base de farine de riz, sucre et cannelle), je n’en bois que très rarement.

 

 

                7 – Je ne bois pas de coca

 

En France, je n’ai jamais été adepte des sodas en général et lorsqu’il m’arrivait de boire du coca (environ deux fois par an) il était light. Au Mexique, le coca est devenu une boisson nationale et encore aujourd’hui je ne m’y habitue pas. L’influence des Etats-Unis y est très forte et ce n’est malheureusement pas pour le meilleur. L’industrie alimentaire y fait des ravages en générant des maladies telles que le diabète et l’obésité. Ce sont de réels problèmes de santé publique dans le pays sans qu’aucune initiative concrète ne soit prise par le Ministère de la Santé. Les lobbyings sont très puissants et bien souvent proches du gouvernement. Pour se rendre compte de l’ampleur du phénomène, voici quelques chiffres :

  • Le Mexique est le premier pays, au niveau mondial, qui compte des morts dues au diabète. En 35 ans, les morts dues au diabète ont augmenté de 500% au Mexique, passant de 14 500 en 1980 à 98 450 en 2015.

  • Plus de 10 millions de Mexicains souffrent de diabète : cela représente 7,8% de la population.

  • On estime que 30% de la population n’a pas été diagnostiquée et ne se sait donc pas atteinte de diabète.

  • Le Mexique est le second pays de l’OCDE, après les Etats-Unis, avec le pourcentage le plus élevé d’obésité et de surpoids. Ce pourcentage s’élevait à 72,5% en 2016 (33,3% pour l’obésité et 39,2% pour le surpoids).

  • 3 enfants sur 10 entre 5 et 11 ans, et 4 enfants sur 10 entre 12 et 19 ans, souffrent de surpoids ou d’obésité.

Ces données sont bien-sûr très alarmantes et les raisons sont clairement identifiables : la consommation de boissons sucrées et de nourriture industrielle y est très élevée. Ayant toujours été habituée à cuisiner et à ne jamais ajouter de sucre, je conserve mes habitudes.

 

 

                8 – Je commande mon burger sans sauce

 

Au Mexique, on vous servira toujours votre burger avec un kilo de mayonnaise (c’est pareil dans les sandwiches) et je n’aime tout simplement pas ça. Je ne mange de la mayonnaise que si elle est préparée maison de façon traditionnelle comme on fait dans le sud de la France : jaune d’œuf, moutarde et huile d’olive. Pour moi, le burger c’est avec de la moutarde de Dijon (pas la version douce américaine) ou avec un peu de sauce barbecue parce-que oui, je me fais quand même plaisir.

 

 

                9 – Je sélectionne scrupuleusement mes pâtisseries

 

 

Si vous pensiez que les pâtisseries françaises sont sucrées, vous n’avez encore rien vu. Au Mexique, les gâteaux sont très « à l’américaine ». Ils mesurent 10 cm de hauteur, sont plein de crème, de glaçage, de sucre et sont très denses. Il n’y a donc aucune comparaison possible avec un gâteau français qui semble à côté ridiculement petit et léger…Au début je goûtais, par curiosité, mais aujourd’hui, j’ai tout simplement arrêté de consommer de telles pâtisseries. Si je suis invitée, pour ne pas dire non et vexer mon hôte (c’est très grossier de dire non au Mexique), j’essaie de partager la part avec quelqu’un.

 

 

                10 – Je privilégie la cuisine maison

 

En France, les viennoiseries sont mon pêché mignon : croissant, pain au chocolat, grillé aux pommes et j’en passe ! Je craque toujours ! Au Mexique, les équivalents sont les conchas, les donuts, le pan de muerto et le pan de elote (pain de maïs) entre autres. J’admets que c’est mon point faible. Afin de faire attention, mon alternative est de faire des cakes maison. Je contrôle ainsi la dose de sucre et c’est tout aussi délicieux !

 

 

De plus, j’essaie de cuisiner des plats auxquels je suis plus habituée même si ce n’est pas toujours facile de trouver les ingrédients qu’il me faut. Je peux aussi bien cuisiner des tomates farcies, de la bouillabaisse, du poisson en papillote, des gratins de légumes, du bœuf bourguignon…donc des choses très variées, avec je pense quand même une influence plutôt méditerranéenne.

 

 

               

Bonus – Je mange beaucoup d’avocats

 

 

En France, j’appréciais les avocats mais j’en mangeais très peu car ils étaient importés d’Israël peu ou pas mûrs. Au Mexique, l’avocat est légion et les mexicains en consomment quotidiennement. Cependant, un problème est apparu : l’ « avocado trend ». Du jour au lendemain, l’avocat a gagné en popularité et est devenu tendance. Tout le monde vente ses bienfaits et on ouvre désormais aux Etats-Unis des restaurants dédiés à l’avocat. Revers de la médaille ? L’exportation grandissante d’avocats produits au Mexique pour répondre à cette nouvelle demande a considérablement augmenté le prix du kilo d’avocat, et il devient difficile pour les mexicains d’y avoir financièrement accès. C’est une honte lorsque l’on sait qu’au Mexique l’avocat n’est pas une mode mais bien un aliment de base de la gastronomie mexicaine.

 

Je sais que nous recevons en permanence des conseils diététiques et que les opinions en matière nutritive sont divergentes. Très simplement, je pense que la vie est trop courte pour s’inquiéter quotidiennement de son régime alimentaire et se demander si l’on suit les bonnes règles, les bonnes recommandations. Je poursuis mes propres règles en accord avec mes propres croyances et mon propre jugement. Avec mon passé d’infirmière et un peu de sens commun, j’essaie d’équilibrer ce que je mange d’une manière qui me va, or je suis consciente que ce qui fonctionne pour moi ne marche pas nécessairement pour les autres. Au-delà de la nutrition en elle-même, la clé pour moi est de faire du sport et ce n’est pas que pour une question de poids. Faire du sport contribue à une meilleure santé en général et a des impacts psychologiques positifs. Dans ma vie parisienne, je n’allais pas beaucoup en salle mais je faisais tout à pieds. A Monterrey c’est impossible car il n’y a pas de trottoirs et la ville n’a pas été pensée pour les piétons, mais je vais courir au parc, je fais des exercices de renforcement musculaires en complément et je vais marcher à la montagne. J’explique ici comment Monterrey a fait de moi une coureuse.

 

En définitive, la cuisine est un aspect culturel très fort qui représente une richesse infinie. Dans mon cas, étant très curieuse de tout, j’aime découvrir de nouvelles saveurs mais il y a une différence entre voyager et s’expatrier. Lorsqu’on voyage, on sait que c’est pour une période limitée dans le temps. Lorsque l’on s’expatrie, c’est pour une période indéterminée, et inévitablement, nos repères et nos habitudes commencent à nous manquer. La cuisine porte en elle une dimension de réconfort. Elle nous rappelle des repas familiaux, des saveurs de l’enfance et c’est pour cela qu’elle est si profondément inscrite en chacun de nous. S’expatrier demande de s’adapter mais ne signifie pas pour autant mettre toutes nos habitudes et tous nos repères au placard. Du reste, c’est tout simplement impossible. Le challenge est de parvenir à trouver le bon compromis.

 

 La fameuse soupe de tortillas pour mon premier dîner au Mexique lors de mon arrivée en Juillet 2015

 

Si vous aussi êtes expatrié et avez envie de partager votre expérience sur les différences culinaires entre la France (ou tout autre pays d’origine) et votre pays d’adoption, n’hésitez pas à réagir ci-dessous.

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A propos

Tout a commencé par un semestre d’étude…cela s’est terminé en déménagement. Moi c’est Hélène, et je me suis installée au Mexique en Juillet 2016, époque à laquelle j’ai débuté le blog. A French in Mexico, c’est l’histoire d’une française (moi) qui vit au Mexique et qui écrit plein de choses sur le voyage et la vie à l’étranger. Je partage ma découverte du pays et de sa culture, mais aussi mon expérience sur la vie d’expatriée, sa richesse, ses challenges et ses difficultés.

Plus d’informations sur mon parcours, ainsi que mes coordonnées de contact, sont disponibles dans la rubrique « A propos ». Bonne lecture à tous!

 

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